Quand le jour s’estompe, la vérité apparaît à la lumière de la pénombre. L’être tout entier, envahi par le silence ouaté de la nuit qui avance, voit son humanité plier sous l’éveil de ses sens. Il redevient plus instinctif, plus animal, plus vrai dans la beauté de sa solitude… et le retour à la nature que le crépuscule impose, lui renvoie alors une image exacte de lui-même. C’est cette transformation que saisit Ben Pastre, ce laps de temps où le chien se confond avec le loup, où la quiétude lutte avec l’inquiétude. L’obscurité, telle une onde, se répand inéluctablement sur sa toile, effaçant doucement formes et couleurs pour faire place à l’immensité de l’essentiel et à la mise en évidence de ces détails vitaux qu’en plein jour, l’œil ne perçoit pas.

 

 

La peinture de Ben Pastre fait ainsi un cheminement dans l’épaisseur de la toile. Elle s’extirpe d’abord des profondeurs par de larges à-plats de couleurs. Avec l’impatience du plongeur pressé de reprendre son souffle, l’artiste les réalise à l’acrylique ou avec des encres aquarelles, limitant ainsi le temps de séchage pour progresser plus rapidement vers la surface. Ces à-plats nourrissent en outre sa toile de nuances qu’elle viendra subtilement rehausser, à l’huile cette fois-ci. Elle utilise, à cet effet, une palette essentiellement composée de noirs et de blancs qui, associés à l’outremer, le jaune, le vermillon, la terre d’ombre et de sienne, naturelle ou brûlée, s’épanouissent en une belle déclinaison de gris. L’onctuosité de l’huile lui permet de glisser délicatement vers l’aboutissement de son travail. Elle apporte également à ses tableaux une douceur qui atténue l’appréhension de l’obscurité ambiante, jusqu’à lui substituer un sentiment d’apaisement. L’ajout final de piments argentés ou dorés, symbolisant la présence rassurante de lumières artificielles, renforce d’ailleurs cette impression.

 

 

L’atmosphère qui se dégage des tableaux de Ben Pastre incite au monologue intérieur. Happé par l’obscurité apparente, le spectateur se retrouve plongé dans un monde épuré et dominé par le silence. Il est seul, mais cette solitude est bienveillante et laisse déjà augurer d’un jour nouveau. Sa contemplation est une respiration, une pause durant laquelle il se retrouve, ou s’oublie, avant de repartir. Autant que le sujet lui-même, le traitement pictural est pour beaucoup dans cette impression, avec ses nuances qui désassombrissent, avec ses repères également, grâce auxquels la nuit reste toujours familière.